Dienstag, 10. Mai 2016 von Dimitri Zufferey

Schicksal Dschihad – Ziel Schweiz?

Jean-Paul Rouiller und François Rüchti haben einen journalistisch-investigativen Krimi geschrieben, der die Lektüre lohnt.

Ce livre de François Rüchti, journaliste à la RTS et de Jean-Paul Roullier, ancien des services de renseignements, est une enquête qui mérite qu'on s'y attarde, surtout avec les attentats qui ont frappé Bruxelles et Paris. L'expérience conjointe des deux auteurs permet au lecteur d'accéder à une foule d'informations. A la fois historique, journalistique et policière, leur enquête raconte et explore tant les mouvements djihadistes helvétiques (et leurs figures) que le contre-terrorisme en Suisse.

Les deux auteurs remontent la trace des réseaux djihadistes dans leur version avant et après le 11 septembre 2001. Ils placent la Suisse dans la toile reliée aux attentats qui ont frappé l’Europe en 2015 et 2016. L'ouvrage souligne l'importance des réseaux historiques. Réseaux en partie issus de Suisse, dans l'éclosion des filières actuelles de recrutement, de soutien et de planification d'actions terroristes sous la bannière du groupe Etat Islamique. Parmi les points forts, on y découvre le parcours d’un jeune djihadiste suisse idéaliste devenu chef de guerre ; de Majd N. agent double originaire de Bienne qui finira exécuté en Syrie ; d’un résident fribourgeois tué par des drones américains et d'une dizaine d’autres. Ces parcours pour la majorité romands sont ceux d'une génération d'individus ayant choisi de combattre au nom de l'Islam et en terre d'Islam. Les parcours des djihadistes alémaniques de Winterthour et de Thoun semblent être le fruit d'une autre filière et donc d'autres réseaux de recrutement.

Au fil des pages, on passe de la guerre d’Irak aux frontières de Syrie. Le plus troublant est que près d’une centaine de citoyens suisses sont partis combattre au sein des groupes djihadistes. Aujourd'hui plusieurs sont de retour. Que fait-on pour les déradicaliser ou les mettre hors d’état de nuire ? Comment dissuader surtout de nouveaux jeunes de faire le voyage qui compromettra à tout jamais leur avenir, s’ils en reviennent vivants ? La Suisse doit ouvrir les yeux et agir car les faits sont implacables : les attentats de Zaventem, de Maelbeek en 2016, de Paris en 2015 ou encore de Boston en 2013 impliquent à chaque fois des réseaux terroristes qui sont passés le sol fédéral. En analysant les liens entre ces djihadistes et en les mettant en relation, ce livre marque « la fin d’une certaine naïveté suisse » comme le relève Sophie Roselli dans la Tribune de Genève. Sylvain Besson dans Le Temps rappelle que « La neutralité helvétique ne signifie rien pour les djihadistes en guerre contre l’Occident, rappellent les auteurs. Près de 70 jeunes Suisses sont partis faire le djihad. Beaucoup d’entre eux se rappellent au bon souvenir de la terre de mécréants qui les a vus naître. »

François Rüchti est journaliste d’investigation à la RTS. Ses enquêtes portent sur les réseaux djihadistes helvétiques qui interagissent avec la Belgique et la France. A l’étranger, il a réalisé plusieurs reportages en Irak ou à la frontière syrienne, sur les traces de l’Etat islamique.

Jean-Paul Rouiller est un ancien du Service de Renseignement Stratégique de la Confédération. En 2003, il prend la tête de la première unité de contre-terrorisme de la Police Judiciaire Fédérale. En février 2011, il fonde son propre institut dévolu aux analyses des mouvances terroristes.